Le lièvre variable: notre nouveau documentaire

Nous venons de terminer deux petits documentaires sur le lièvre variable pour le Parc national des Ecrins, réalisés et tournés par Frank Neveu.

« Une vie de lièvre variable » et « Le parc national des Ecrins étudie le lièvre variable »

Blanchon Baille

Une image extraite du film

 

Les  DVD et Blu-ray sont disponibles à la commande sur la page de notre boutique ici.

Extrait de l’interview donné par Frank Neveu, le réalisateur de ces films, pour le Parc national des Ecrins :

 » Quelques moments forts de ce tournage ?

Lorsque vous cherchez un lièvre variable pendant des semaines sans en voir un seul alors que vous scrutez méthodiquement aux jumelles d’immenses éboulis pendant des heures, le moment qui vous marque le plus, c’est lorsque l’animal tant espéré apparait enfin dans les oculaires ! C’est un vrai choc ! Ça m’est arrivé un certain nombre de fois mais cette sensation est toujours restée intacte comme la toute première fois.

Voici un autre moment du tournage qui m’a marqué même s’il était le fruit du hasard. J’étais en affût avec Jean Guillet pour faire des images de parade de tétras lyre. À la pointe du jour, une ombre a traversé la place de chants, mais ce n’était pas un tétras. J’ai mis en route la caméra au capteur hypersensible, j’ai ensuite orienté l’objectif au petit bonheur dans la pénombre et l’image d’un lièvre est apparue à l’écran. J’ai alors filmé mécaniquement ce lièvre au comportement atypique qui tournait autour d’un buisson… sans trop comprendre ce qui se passait.  C’est devenu limpide lorsque la femelle est sortie du buisson devant le premier lièvre, vous imaginez la montée d’adrénaline … Cerise sur le gâteau, ils se sont accouplés là devant la caméra : un rêve de cameraman animalier.

Ces souvenirs-là vous font oublier les moins bons et même les mauvais : les marches interminables, le poids du sac à dos, les passages nocturnes de vires rocheuses vertigineuses et englacées, le sac à dos qui vous a échappé dans un passage difficile et qui s’écrase au pied de la falaise mettant en pièces tout votre matériel vidéo….

Combien de temps, d’heures, de jours… et de nuits… ?

C’est très difficile à dire. Quand vous dépassez les 70 h de tournage par semaine à longueur d’année, vous êtes dans le domaine du passionnel, si bien que vous ne comptez plus. Il fallait se trouver sur le territoire des lièvres avant la première lueur du jour après deux bonnes heures de montée, ce qui faisait une journée de tournage typique de 14 h environ en hiver et plus de 19 h en été.  Sans parler des nuits. Le tournage de ce film s’est étalé sur six années, d’abord au hasard des rencontres avec l’animal lorsque je travaillais sur d’autres projets pour terminer à temps complet la dernière année. Cela doit représenter quelques heures, jours et nuits.

Des découvertes ?

La séquence du film montrant l’accouplement pourrait éventuellement aider les éthologues travaillant sur cette espèce, mais ce n’est pas une grande découverte. J’ai surtout observé des comportements déjà décrits dans la littérature spécialisée, notamment dans la thèse de Michel Bouche dédiée à cette espèce.

Le cumul des heures d’observation ont surtout levé une foule de questions, notamment sur l’occupation individuelle de l’espace au fil des saisons ainsi que la réutilisation des gîtes par les mêmes individus… Des éléments de réponse sont donnés par l’étude menée par le Parc national des Écrins dans le court métrage qui lui est consacrée.

Quelles ont été vos personnes ressources principales ?

Bernard Pons m’a permis de réaliser une bonne partie des images de lièvre du film grâce à sa connaissance de l’espèce et de son territoire. Nous étions aussi très régulièrement sur le terrain avec Jean Guillet qui connait aussi très bien cette espèce. Sans ces deux compères, ce film n’aurait certainement pas vu le jour.

Michel Bouche du Parc national des Écrins est le consultant scientifique du film. Il a dédié sa thèse de fin d’étude au lièvre variable et c’est lui qui a mis en place le protocole de suivi du lièvre sur son territoire pour le Parc national des Écrins. Nous avons travaillé ensemble sur le court métrage et sur la finalisation des textes du documentaire naturaliste.

Pour vous, quelle est la principale qualité nécessaire pour filmer ce type d’espèce ?

La connaissance de l’espèce est la base de notre travail d’auteur et de cameraman animalier. Inutile de partir bille en tête en montagne pour espérer filmer un lièvre variable sans connaître ses habitudes et il faut pouvoir « lire » son territoire pour le chercher au bon endroit, à la bonne heure et à la bonne saison. En sachant que le bon endroit est simplement immense, il faut aussi de bons yeux pour passer des heures et des heures, les yeux rivés aux jumelles à scruter les cailloux, les uns après les autres. Ensuite, il faut de la ténacité, une bonne dose même, car il n’est pas rare de chercher (vraiment chercher pas uniquement se balader) pendant plus d’un mois sans apercevoir un seul lièvre. Quant à la patience, il en faut un peu aussi, mais dans une moindre mesure pour approcher doucement, tout doucement l’animal aperçu de loin sans le faire fuir. Il faut parfois une heure pour y arriver et ensuite bien souvent plusieurs heures pour qu’il se positionne correctement.

Je tente actuellement de produire un documentaire plus long sur le lièvre variable mais il faut trouver un coproducteur… En attendant, je travaille sur mon prochain film : « Le fantôme des bois » dédié à la gélinotte des bois…   »

Frank Neveu pour le Parc national des Ecrins : Retrouvez l’article au complet sur le site du Parc national des Ecrins :

http://www.ecrins-parcnational.fr/actualite/documentaire-intimite-blanchon